Quand je me suis réveillée, les bruits du quotidien dominaient. Il n’était plus possible d’imaginer que nous nous trouvions hors du monde, seuls ensemble. J’ai eu une nouvelle frayeur. Je me suis dressée, craignant de ne rencontrer que la mer. J’ai croisé son regard. Il était là. Debout un peu plus loin, en train de fumer. Il s’est avancé dans ma direction. « Ca y est ? Tu as fini de dormir ? On peut y aller ? » Cette fois j’ai eu mal. Le ton de sa voix. Puis une autre panique m’a saisie : l’avion, j’allais rater mon avion ! Je l’ai pressé de me dire l’heure, de me ramener à Abidjan, je me suis justifiée : j’avais des valises à récupérer, des au revoirs à faire, des explications à éviter, j’aurais souhaité prendre au moins une douche avant de me retrouver enfermée sept heures durant dans la cabine de l’avion, des rendez-vous m’attendaient à Paris, et tout cela à l’eau si nous ne partions pas à l’instant. Il m’a pris le poignet. Comme il m’avait dit « tu me plais » il a soufflé « Reste. »
J’ai refusé de l’écouter. De Grand-Bassam, retour à Abidjan. A Abidjan, demi-tour pour Port-Bouët, où se trouvait l’aéroport, à quelques kilomètres à peine de Grand-Bassam. C’était ridicule. Lui conduisait en silence, le visage fermé. Quand nous sommes enfin parvenus à l’aéroport, s’il m’avait dit « reste », je me serais exécutée sur le champ. Mais il saisissait mes bagages, échangeait quelques mots avec le policier de garde supposé lui interdire l’accès du hall de départ, se précipitait vers le comptoir d’enregistrement. Je devenais molle, sans plus d’énergie. Je n’avais qu’une idée : m’allonger par terre et dormir. Dormir surtout, d’un sommeil assez long pour effacer ce qui ne s’était pas passé. Au lieu de quoi je remplissais docilement ma fiche de police. J’avançais dans la queue. Ce n’est qu’au moment de poser mon sac à main sur le tapis roulant des rayons X que j’ai pris soudain conscience que je ne le reverrais plus. Je me suis retournée. Il me regardait, debout de l’autre côté de la barrière qui nous séparait. Son regard pouvait ne pas durer. M’arrachant du rang, j’ai rebroussé chemin, indifférente aux murmures de protestation de ceux que je gênais. Je fouillais l’intérieur de mon sac à la recherche d’un stylo. J’ai fini par trouver un bout de papier sur lequel griffonner mon numéro de téléphone. Je le lui tendis par-dessus les montants de la barrière. Il n’eut pas le sourire que j’espérais. Il a plié soigneusement le bout de papier, il a dit « Tu reviendras. » Il est parti.
Je suis revenue. Pour quelle absence d’histoire ?
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Au delà du récit je reste plus sensible au regard que tu portes sur toi même et sur les femmes….